DÉCOUVRIR LE PELION · 01

Histoire

De la mythologie à nos jours

10 min6 parties

Le Pelion, montagne de 24 villages historiques et de dizaines de hameaux, d'une nature luxuriante et d'une grande richesse culturelle, d'une gastronomie bien à elle et d'une architecture unique, ne manque pas de choses à voir.

Mais il possède aussi une histoire passionnante, qu'il vaut la peine de connaître avant de le découvrir. Les premières traces d'habitat se perdent dans la nuit des temps et, à chaque époque, de l'Antiquité à nos jours, des pages importantes de l'histoire se sont écrites ici. Traditions, légendes, mythes envoûtants et batailles bien réelles sont liés au Pelion ; créatures mythiques, guerriers et héros ont parcouru ses sentiers ou y ont vécu. Chaque coin de la montagne et chaque village a sa propre histoire, celle de son peuplement et de son nom, mais quelques grands événements ont marqué l'ensemble du Pelion et l'ont fait connaître bien au-delà de ses limites.

Mythologie

Avec sa nature exceptionnelle et son atmosphère mystérieuse, le Pelion ne pouvait qu'attirer l'attention des Anciens, qui y ont situé bon nombre des récits de la mythologie grecque.

Selon le mythe, le Pelion était le domaine des légendaires Centaures, d'étranges créatures nées de l'union d'Ixion, roi des Lapithes de Thessalie, et de Néphélé – d'où le surnom de « montagne des Centaures » souvent donné au Pelion. Hommes jusqu'à la taille et chevaux en dessous, ils aimaient le vin et les femmes et se montraient plutôt belliqueux. Le plus important et le plus célèbre d'entre eux était Chiron, fils de Cronos et de l'Océanide Philyra. Il vivait dans une grotte du Pelion et enseignait la médecine, grâce aux vertus des plantes de la montagne, mais aussi la chasse, l'art de la guerre et la musique. Il fut le maître de nombreux héros de la mythologie grecque, comme Achille, Thésée et Jason, et c'est auprès de lui que grandit Asclépios, le premier médecin des hommes, à qui Chiron transmit les secrets pour soigner maladies et blessures. Le Pelion était d'ailleurs réputé dans l'Antiquité pour ses herbes et ses plantes, capables de guérir bien des maux. Contrairement à la plupart des Centaures, Chiron était juste, sage, vertueux et ami des hommes. Près de Milies, on montre encore aujourd'hui la grotte que la tradition lui attribue comme demeure.

Le mythe situe aussi au Pelion la Gigantomachie : les Géants voulurent arracher le Pelion de sa place et l'empiler sur le Kissavos, l'ancien mont Ossa, pour atteindre les dieux de l'Olympe et les en chasser. C'est ici également, selon le mythe, qu'eut lieu la Centauromachie, le combat des Centaures contre les Lapithes pour la belle Hippodamie.

La tradition veut que le Pelion ait aussi accueilli les noces de Pélée, roi des Myrmidons, et de la Néréide Thétis, les parents de l'Achille d'Homère, héros de la guerre de Troie. Pendant le banquet, Éris, déesse de la discorde, qui n'avait pas été invitée, lança la « pomme de discorde » portant l'inscription « À la plus belle ». Ainsi commença le premier « concours de beauté » de la mythologie : Pâris, prince de Troie et arbitre du concours, offrit la pomme à Aphrodite, s'attirant la colère d'Héra et d'Athéna – une querelle qui servit de prétexte à la guerre de Troie.

Les dieux de l'Olympe auraient choisi le Pelion pour leur séjour d'été, et au sommet se trouvait l'ancien sanctuaire de Zeus Akraios. Les habitants y montaient à la mi-juillet, aux jours les plus chauds et les plus secs de l'année, pour prier Zeus d'envoyer un peu de pluie.

La région de Magnésie est aussi le décor du mythe des Argonautes, il y a environ 3 500 ans selon la tradition. Un oracle avait prédit que Pélias, roi d'Iolcos, perdrait son trône à cause de « l'homme à une seule sandale ». C'est ainsi qu'on appelait Jason, qui avait perdu une sandale en traversant le torrent Anavros, du côté d'Alli Meria. Dès qu'il le vit devant lui, un seul pied chaussé, Pélias prit peur et, pour se débarrasser de lui, l'envoya en Colchide rapporter la Toison d'or, symbole de richesse et de prospérité, persuadé qu'il ne reviendrait jamais. Pour ce voyage fut construit l'Argo, un navire très rapide et léger, œuvre du célèbre constructeur Argos, avec du bois du Pelion. L'expédition partit de l'antique Iolcos, dans la région de l'actuelle Volos, et réunit quelques-uns des plus grands héros de l'Antiquité, comme Héraclès. Selon la tradition locale, les Argonautes firent aussi escale au Pelion, notamment à Argalasti et à Afissos, dont la source leur fournit l'eau de leur long voyage.

Enfin, les forêts du Pelion abritaient les Dryades, nymphes des arbres et des prairies. Jeunes et d'une grande beauté, elles vivaient en pleine nature, dans des grottes, et parcouraient les montagnes. Tant que l'eau coulait, elles étaient heureuses, car plantes, animaux et hommes pouvaient vivre ; mais quand les sources se tarissaient, elles disparaissaient à leur tour.

Antiquité

Vers 294 av. J.-C., le roi de Macédoine Démétrios Poliorcète fonda la cité de Démétrias, à côté de l'actuelle Volos. Elle devint le centre de la vie des Magnètes et ouvrit une nouvelle ère pour la région du Pelion.

De nombreuses cités et bourgades antiques sont attestées dans la région du Pelion : Achilleion, aux abords d'Anilio, que la tradition dit fondée par Achille lui-même ; l'antique Méthone, juste à la sortie d'Ano Lechonia ; l'antique Koropi ; Spalauthra, à Horto ; et Kasthanaia, au large de laquelle une grande partie de la flotte perse de Xerxès fut détruite par une tempête en 480 av. J.-C. L'une des cités les plus importantes de la Magnésie antique était Olizon, près de l'actuelle Milina. Son roi était Philoctète, qui combattit à Troie et donna son nom à la tragédie de Sophocle.

Dès Homère, poètes et auteurs anciens ont attribué au Pelion de nombreux qualificatifs élogieux : Homère le dit « einosiphyllon », aux feuilles qui frémissent dans le vent, tandis qu'on l'a aussi appelé « méga » (grand) pour sa majesté, « polypharmakon » (riche en remèdes) pour ses innombrables plantes médicinales et « ylien » (boisé) pour l'abondance de son bois.

Époque byzantine

Au début de l'époque byzantine, la Magnésie, comme toute la Thessalie, dépendait administrativement de la Macédoine. La région subit les raids des Goths puis des Slaves, qui la pillèrent, et le Pelion se dépeupla ; aucune de ses villes ne put se développer. À l'époque mésobyzantine et tardive, en revanche, on y bâtit tant de monastères et tant de moines s'y installèrent que le Pelion ressemblait à une vaste cité monastique. La famille aristocratique des Maliasènoi y joua un rôle important en fondant et en dotant des monastères au XIIIe siècle. C'est autour de ces monastères que se formèrent plus tard les villages actuels du Pelion. Malheureusement, la plupart des anciennes églises n'ont pas survécu ; elles ont laissé place à de majestueuses églises post-byzantines.

À la fin de l'époque byzantine, surtout après la quatrième croisade (1204), certaines terres fertiles du Pelion, comme Lechonia, passèrent aux mains de seigneurs latins et des Vénitiens. Il subsiste encore les ruines d'une vingtaine de forteresses construites alors par des seigneurs féodaux locaux et des Vénitiens pour se protéger des pirates, la grande terreur des habitants de l'époque.

Domination ottomane

C'est sous la domination ottomane que furent fondés et que se développèrent les villages actuels du Pelion. La Magnésie tomba définitivement aux mains des Ottomans en 1423. Les conquérants se désintéressèrent du Pelion montagneux et s'installèrent dans les plaines et les piémonts plus riches, comme Lechonia et Argalasti, chassant les habitants. Ceux-ci, rejoints par de nombreux raïas (sujets chrétiens de l'Empire) fuyant la Thessalie côtière, l'Eubée et les îles de la mer Égée, se réfugièrent dans les montagnes pour y trouver la sécurité. Ils bâtirent des hameaux autour des anciens monastères, qui devinrent plus tard des villages renommés comme Makrinitsa et Zagora. Les Ottomans accordèrent des privilèges aux 24 villages du Pelion : 14 étaient des « vakoufia », c'est-à-dire qu'ils appartenaient à des fondations religieuses et charitables, et les autres des « chasia », propriétés personnelles du sultan. Dans les vakoufia, comme Argalasti et Makrinitsa, l'impôt était plus léger, ce qui favorisa leur essor économique. Ce n'était pas pour autant une règle : Zagora, bien que « chasi », connut des heures de gloire grâce à son commerce et à ses célèbres « navires de Zagora », chantés dans de nombreuses chansons, qui transportaient des marchandises dans toute la Méditerranée et jusqu'en Orient.

À partir de 1750 environ, le Pelion connut une période de grande prospérité, économique comme intellectuelle. Ses produits s'exportaient dans toute la Méditerranée, tandis que les idées libérales et l'esprit des Lumières européennes gagnaient la montagne et préparaient le terrain de la révolution grecque. L'école grecque (Ellinomouseio) de Zagora, où, selon la tradition, étudia Rigas Feraios, et l'école de Milies ne sont que deux exemples de cet essor intellectuel.

La révolution au Pelion

Les villages du Pelion prirent une part active à la révolution de 1821. L'érudit Anthimos Gazis proclama l'insurrection à Milies le 7 mai 1821, après l'office célébré à l'église Pammegiston Taxiarchon. D'autres membres de la Filiki Etaireia (la société secrète à l'origine de la révolution) et des capitaines locaux, comme Kyriakos Vasdekis, se joignirent à lui. Mais le soulèvement, qui commença par le siège du château de Volos, fut noyé dans le sang par les troupes de Mahmoud Pacha Dramali.

Après 1830, les habitants du Pelion commencèrent à descendre vers le littoral pour y bâtir des maisons. Le port de Volos devint le trait d'union entre la Grèce libre et la Grèce encore occupée.

Les habitants du Pelion participèrent aussi activement aux soulèvements de 1854 et de 1878, et le Pelion fut enfin libéré lors du rattachement de la Thessalie à la Grèce : l'armée grecque entra dans Volos le 2 novembre 1881.

Époque moderne et Seconde Guerre mondiale

À la fin du XIXe et au début du XXe siècle, la situation politique et économique difficile poussa de nombreux habitants du Pelion à émigrer, surtout en Égypte, en quête d'une vie meilleure. Là-bas, ils s'instruisirent, s'enrichirent et renvoyèrent une grande partie de leur fortune au pays, qui connut une nouvelle période faste. De nombreuses demeures de maître du Pelion furent construites à cette époque grâce à l'argent des Grecs d'Égypte, et elles donnent aujourd'hui encore un charme particulier à la région.

Le XXe siècle n'apporta pas non plus la paix au Pelion. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les occupants ravagèrent littéralement de nombreux villages où s'était organisée la résistance, comme Zagora, Portaria et Milies, et exécutèrent de nombreux patriotes.

Le cas le plus tragique est peut-être celui de Drakia, déclaré « village martyr » après l'exécution de 118 de ses habitants par les Allemands le 18 décembre 1943. Le village abrite aujourd'hui un cénotaphe portant les noms de toutes les victimes.

Un décret présidentiel de 1980, dit « décret du Pelion », a fixé des règles de construction particulières et classé les villages du Pelion comme sites traditionnels protégés, répartis en zones de protection.

Aujourd'hui, le Pelion conserve son caractère traditionnel tout en vivant avec son temps. C'est l'une des destinations préférées des visiteurs grecs et étrangers, en toute saison, et beaucoup de ses villages ont connu un bel essor touristique. Fiers de leur histoire et de leur culture, ses habitants accueillent les visiteurs et leur font découvrir avec plaisir leur terre bénie.

CHAPITRE SUIVANT02NatureLà où la montagne rencontre la mer