DÉCOUVRIR LE PELION · 05

Arts & Lettres

Écoles, peintres et musées de la montagne

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Le Pelion ne séduit pas seulement par ses villages pittoresques, sa végétation luxuriante et son architecture si particulière : il possède aussi une longue tradition dans les arts et les lettres.

Sur la montagne des Centaures ont été fondées certaines des écoles et bibliothèques les plus réputées de Grèce ; d'importants artistes et peintres populaires y ont travaillé, et beaucoup de personnalités qui ont marqué leur époque y sont nées et ont fait don de leurs biens à leurs villages. En parcourant les villages du Pelion, vous découvrirez combien de musées préservent ce patrimoine culturel, et combien d'événements artistiques et littéraires font encore vivre la région.

Les écoles du Pelion

Les premières initiatives éducatives au Pelion remontent au XVIIe siècle, sous la domination ottomane : il s'agissait d'offrir aux Grecs asservis une instruction élémentaire. Dans de nombreux villages, comme Makrinitsa, Kissos, Agios Lavrentios ou Drakia, de petites écoles dites « des Lettres communes », tenues par des moines et des prêtres, répondaient aux besoins locaux. Deux villages se distinguaient toutefois : Zagora et Milies, devenus avec le temps les deux grands foyers d'enseignement du Pelion. Leurs écoles renommées proposaient des programmes remarquables, à la hauteur des besoins croissants de l'époque, et disposaient toutes deux de bibliothèques riches en livres et documents rares, précieux pour l'enseignement.

L'Ellinomouseio de Zagora

Dès le XVIIe siècle, une petite école existait à Zagora, dans le quartier de Sotira. Le village s'agrandissant, il fallut une école plus centrale : en 1712, une nouvelle école « des Lettres communes » fut fondée dans l'enceinte de l'église Agios Ioannis Prodromos (Saint-Jean-Baptiste). On l'appelle aussi l'école de Rigas Feraios, car selon la tradition Rigas, précurseur de la guerre d'indépendance grecque, y fit ses études. À partir de 1777, elle fut rénovée et transformée en établissement d'enseignement supérieur, surtout grâce à deux enfants de Zagora : le patriarche Kallinikos (désigné comme Kallinikos III ou IV) et le négociant Ioannis Prigkos, établi à Amsterdam. Leurs efforts et leurs dons donnèrent naissance à l'« Ellinomouseio de Zagora », comme on l'appela plus tard, doté d'une bibliothèque de livres rares et inestimables, mais aussi d'ouvrages très modernes pour l'époque. L'école devint célèbre pour la qualité de son enseignement, et de grands lettrés y étudièrent, comme Anthimos Gazis et Grigorios Konstantas.

L'école de Milies

Les trois grands « Maîtres de la Nation » originaires de Milies, Anthimos Gazis, Grigorios Konstantas et Daniel Philippidis, figures majeures des Lumières grecques, partageaient un même rêve : fonder dans leur village natal une école d'un haut niveau d'études. Tous trois avaient beaucoup voyagé et découvert en Europe les idées libérales des Lumières, qu'ils voulaient transmettre chez eux pour contribuer à la renaissance intellectuelle et culturelle de leur terre.

À l'époque où l'Ellinomouseio fonctionnait à Zagora, Philippidis et Gazis vivaient à l'étranger et, par leurs lettres, encourageaient leurs compatriotes à soutenir ce projet ambitieux. Gazis, en Europe, convainquait philhellènes et Grecs de la diaspora de participer au financement, et ne cessait d'acheter livres, instruments scientifiques et cartes qu'il envoyait à Milies. Pendant ce temps, Konstantas, sur place, organisait l'école et surveillait la construction du bâtiment.

L'acte de fondation de l'école de Milies fut signé en juillet 1814, et l'école ouvrit officiellement le 6 août 1815. Elle se fit vite connaître pour la qualité de son enseignement et sa riche collection d'instruments de physique et de chimie. Le bâtiment comptait quatre salles ; l'une d'elles abritait la célèbre bibliothèque « Psychis Akos », c'est-à-dire « remède de l'âme », avec environ 4 000 livres, dont quelques-uns des ouvrages les plus importants publiés alors en Europe. L'école fonctionna normalement jusqu'en 1821. Mais le soulèvement mené par Gazis et Konstantas au Pelion échoua, et tous deux durent se réfugier dans le sud de la Grèce, où la révolution se poursuivait. Durant ces années, l'école subit de lourds dégâts et de grandes pertes. Elle rouvrit de 1834 à 1844 sous la direction de Grigorios Konstantas, puis ferma définitivement à sa mort, en 1844. Le bâtiment accueillit plus tard l'école primaire de Milies, avant d'être entièrement détruit par les Allemands en 1943.

Les bibliothèques

Comme on l'a vu, l'école de Zagora comme celle de Milies possédaient d'importantes bibliothèques, dont la richesse en livres et en documents rares éleva considérablement le niveau de l'enseignement. La bibliothèque de Zagora, aujourd'hui sur la place principale du village, fut fondée en 1762. Ses premiers livres furent envoyés d'Amsterdam par Ioannis Prigkos, considéré comme son fondateur, avec le soutien du patriarche Kallinikos. Riche de milliers de volumes, sa collection comprend des documents précieux et rares, dont des manuscrits et des codex.

L'autre grande bibliothèque du Pelion, « Psychis Akos » à Milies, fut fondée en même temps que l'école de Milies et réunissait une importante collection destinée aux élèves et aux maîtres. Après la mort de Konstantas et la fermeture de l'école en 1844, on s'efforça de sauver ses livres et instruments rares, conservés dans la bibliothèque en souvenir de ce passé glorieux. Ouvrages publiés par Gazis, Philippidis et d'autres représentants des Lumières grecques, livres de sciences exactes et de sciences humaines, dictionnaires, cartes, atlas, instruments de physique et de chimie : cette immense collection aidait les élèves à mieux apprendre et comprendre.

La peinture populaire

Le Pelion s'est épanoui non seulement dans les lettres, mais aussi dans l'art, en particulier la peinture. Il le doit en grande partie à deux peintres venus ici l'embellir avec passion et imagination : l'iconographe Ioannis Pagonis, originaire d'Épire, et le peintre populaire Theofilos Hatzimichail, de Mytilène (Lesbos). Arrivés au Pelion au gré des circonstances, tous deux vécurent des années dans ses villages et décorèrent à leur manière unique demeures, églises, cafés et bien d'autres lieux.

Bien avant eux, de riches peintures murales ornaient déjà les demeures du Pelion. On les trouvait sur les façades, surtout dans la bande entre le toit et les fenêtres du dernier étage, mais aussi à l'intérieur, dans le « kalos ontas », le salon de réception, et le « doxato ». À la fin du XIXe siècle, la peinture suit les modèles néoclassiques de l'époque, avec des natures mortes, des motifs végétaux et animaliers et, plus rarement, des scènes historiques et mythologiques.

Ioannis Pagonis arriva au Pelion au début du XIXe siècle et domina la vie artistique de la montagne pendant une quarantaine d'années. Originaire de Chionades, en Épire, il se consacra surtout à la peinture d'églises, laissant des œuvres impressionnantes que l'on admire encore aujourd'hui dans des dizaines d'églises du Pelion. Il transmit son art à son deuxième fils, Athanasios, qui peignait surtout des icônes portatives.

Theofilos Hatzimichail, venu de Mytilène, arriva au Pelion à la fin du XIXe siècle et y resta une trentaine d'années. Sur la montagne des Centaures, il travailla avec passion et inspiration et laissa de nombreuses œuvres importantes : dans la maison Gkekas à Agios Vlasios, le pressoir à huile Varalis, la maison Kontos à Anakasia, le moulin à eau Kontogiannis, la boulangerie Velentzas à Alli Meria, dans des cafés de Portaria et de Makrinitsa et en bien d'autres lieux. Les deux ensembles majeurs sont la maison Kontos à Anakasia, aujourd'hui musée Theofilos, et la boulangerie Velentzas à Alli Meria, tous deux ouverts au public comme musées. Le premier conserve un décor peint complet de Theofilos, organisé en registres, tandis que le second abrite neuf de ses peintures murales, huit à l'intérieur et une sur la façade. Theofilos quitta définitivement le Pelion en 1927, et avec lui disparut la mode des maisons décorées de peintures dans la région.

Theofilos était un personnage singulier. Peintre itinérant, il portait toujours la fustanelle (la jupe plissée traditionnelle) et une cape, et gardait ses outils de peinture à sa ceinture. Il vivait pour son art, à travers lequel il cherchait à raconter les exploits et la grandeur des Grecs. Son allure étrange, ajoutée à son bégaiement, lui valut les moqueries des habitants de Volos comme de sa famille à Mytilène, une blessure qui l'accompagna jusqu'à la fin. La vraie reconnaissance ne vint, pour l'essentiel, qu'après sa mort, en 1934.

Personnalités et grands bienfaiteurs

Outre les Maîtres de la Nation Anthimos Gazis, Grigorios Konstantas et Daniel Philippidis et les peintres Theofilos Hatzimichail et Ioannis Pagonis, bien d'autres personnalités de domaines variés sont nées ou ont œuvré au Pelion.

Parmi elles, l'historien Giannis Kordatos, né à Zagora, dont les recherches ont éclairé l'origine des noms de nombreux villages du Pelion. Le médecin Dimitrios Saratsis, né à Ano Volos, a beaucoup apporté à la vie de Volos. Nikolaos Filaretos, de Promyri, joua un rôle important dans les soulèvements de 1821 et de 1854, et Kostas Garefis dans ceux de 1854 et de 1878 ; après le rattachement de la Thessalie à la Grèce, il fut maire de Milies pendant deux mandats de quatre ans. L'écrivain Petros Magnis, pseudonyme de Konstantinos Konstantinidis, était lui aussi de Zagora, où il naquit et grandit.

Tsagarada fut l'un des villages les plus chanceux, comblé par trois grands bienfaiteurs : N. Nanopoulos, Grec de la diaspora, qui fit don du bâtiment de l'école Nanopouleios, d'abord lycée commercial ; Ioannis Kartalis, qui offrit l'école primaire Kartaleio ; et les frères Achillopoulos, fondateurs de l'école de commerce Achillopouleios, qui abrite aujourd'hui le musée numérique et musée des miniatures.

Deux artistes importants ont aussi fait connaître leur village natal. Le sculpteur et graveur Nikolas (Nikolaos Pavlopoulos), d'Agios Georgios Nileias, a laissé une œuvre abondante et reçu de nombreux prix ; son village natal lui consacre un musée d'art qui porte son nom et présente des œuvres majeures. Thanasis Fampas, sculpteur originaire de Lafkos, a fait don de ses œuvres, surtout des sculptures en marbre blanc du Pelion, aujourd'hui exposées au musée Fampeion, dans l'ancienne école primaire du village.

Enfin, impossible de ne pas citer l'ingénieur italien Evaristo de Chirico, père du peintre Giorgio de Chirico, né à Volos. Evaristo conçut la ligne de chemin de fer du Pelion, où circule le célèbre petit train, le Moutzouris, et contribua ainsi largement au développement économique et social de la montagne.

Musées

L'essor du Pelion dans les arts et les lettres se lit encore aujourd'hui dans ses nombreux musées. Voici une courte liste pour savoir quoi voir et où :

  • Musée d'art du sculpteur Nikolas, Agios Georgios Nileias : une grande collection des sculptures et gravures les plus représentatives de l'artiste du Pelion Nikolas Pavlopoulos.
  • Boulangerie Velentzas, Alli Meria : un bâtiment en pierre orné de neuf superbes peintures murales de Theofilos, parfaitement conservées.
  • Musée Theofilos, Anakasia : installé dans la maison Kontos, il conserve un décor peint complet de Theofilos.
  • Musée de la poterie et de la céramique « Anetopoulos », Lechonia : une vaste collection de poteries et de céramiques.
  • Musée de l'olive et de l'huile, Ano Gatzea : des objets et outils bien conservés, utilisés pour la récolte, la transformation et le commerce des olives.
  • Musée folklorique du patrimoine rural et culturel, Drakia : plus de 140 objets sur la vie agricole et la culture de Drakia et de ses environs, dans la demeure Triantafyllou.
  • Exposition d'économie rurale et pressoir traditionnel Hatzigiannis, Katichori : objets et photos sur l'artisanat domestique et l'histoire agricole locale ; au pressoir, vous verrez comment on produisait l'huile avec les anciennes machines bien conservées.
  • Musée Fampeion, Lafkos : des œuvres du sculpteur de Lafkos Thanasis Fampas.
  • Musée de la radio « Antonis Tavanis », Lafkos : l'un des rares musées de la radio en Grèce, avec une grande collection de postes rares, des photos et des documents.
  • Musée d'art populaire et d'histoire du Pelion, Makrinitsa : de riches collections folkloriques venues de tout le Pelion : ustensiles, outils, livres, bijoux et costumes.
  • Musée local de Milies : une collection folklorique d'objets des métiers traditionnels, de broderies et d'icônes.
  • Musée numérique et musée des miniatures, Tsagarada : des objets folkloriques en 3D interactive et en miniature.
  • Musée d'histoire et d'art populaire, Portaria : une exposition permanente de photos, objets, souvenirs de famille et costumes qui montrent comment vivaient autrefois les habitants.
  • Musée naval, Trikeri : d'impressionnantes collections maritimes dans la demeure Koutmanis.
  • Musée Angelinis, Horto : un musée folklorique aux pièces rares du patrimoine local.

Les petits musées du Pelion ont souvent des horaires limités, surtout hors saison estivale : mieux vaut se renseigner avant d'y aller.

Événements

Outre les panigyria, les fêtes traditionnelles que chaque village organise pour son saint patron ou d'autres fêtes religieuses, avec musique live, danses et parfois théâtre, de nombreux villages proposent aussi des événements culturels autour des arts et des lettres.

À Agios Lavrentios, chaque été, le « Village de la musique » organise concerts et ateliers. C'est l'une des premières communautés musicales internationales de Grèce : elle attire au village des artistes du monde entier et lui donne un caractère à part.

Lafkos s'est fait connaître grâce à ses « Journées de la guitare », un rendez-vous estival de stages et de concerts de guitare classique qui a accueilli des guitaristes et compositeurs de renommée internationale.

À Milies, l'association culturelle organise chaque été diverses manifestations, tandis qu'à Horto la fondation culturelle « G. Angelinis – Pia Hatzinikou » propose des stages d'art de deux semaines en été. Au théâtre en plein air « Aloni », juste à la sortie d'Agios Georgios Nileias, pièces de théâtre et concerts se succèdent chaque année. Enfin, depuis 2000, le Festival du Pelion se tient dans l'est du Pelion, avec des événements artistiques et littéraires, des stages de musique et du théâtre.

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