
Comme presque chaque coin de Grèce, le Pelion a sa propre personnalité culturelle, avec des us et coutumes toujours vivants qui séduisent tous ceux qui les découvrent.
Au fil des siècles, l’âme populaire a fait naître ici une tradition bien à elle : de beaux mythes nés de l’imagination locale, des contes, des proverbes, des chants populaires et des coutumes. Vous découvrirez ci-dessous quelques-uns des rituels et des fêtes que l’on peut encore voir au Pelion, comme le mariage traditionnel, les coutumes liées à certaines fêtes, mais aussi des manifestations culturelles qui font vivre cette tradition, la partagent avec les visiteurs et la transmettent aux jeunes générations.
Le mariage traditionnel du Pelion
Autour des grandes étapes de la vie (naissance, baptême et mariage), les habitants du Pelion ont imaginé toute une série de rites. Dans des villages comme Portaria et Trikeri, on fait revivre de temps à autre le mariage traditionnel, l’une des coutumes les plus connues de la région, riche en moments folkloriques qui enchantent les visiteurs et ravivent les souvenirs des habitants. La reconstitution dure plusieurs jours. Une semaine avant la noce, deux ou trois jeunes gens parcourent les rues avec le flambouro, la bannière nuptiale, pour annoncer l’heureuse nouvelle. Le mercredi ont lieu les « alevromata », où l’on enfarine le marié et la mariée, et le jeudi on pétrit le pain de noce. Le vendredi, la dot de la mariée est exposée dans la maison de ses parents ; on fait la fête en musique et la famille épingle des billets sur le trousseau, qui est ensuite transporté dans la nouvelle maison. La veille du mariage ont lieu les « stavrodeipna » : le marié et la mariée font chacun la fête de leur côté, chez leurs parents. Le dimanche, c’est le mariage, suivi d’une grande fête sur la place du village au son de la musique traditionnelle.
Pendant la reconstitution, les femmes du village portent de superbes costumes brodés et les chants sont accompagnés d’instruments traditionnels. Voici quelques autres coutumes du mariage :
Le rasage du marié. Au Pelion, comme dans bien des régions de Grèce, les amis du marié le rasent encore avant la noce. Autrefois, après lui avoir savonné le visage, ils faisaient mine de le raser… à la hache. Pour s’en tirer, il leur promettait un bon repas. Si l’offre ne leur suffisait pas, la hache cédait la place à une scie. Les promesses continuaient jusqu’à ce que les amis soient satisfaits, et alors seulement sortait le vrai rasoir.
Les bratimi ou vlamides. Le marié et la mariée choisissent chacun quelques amis proches comme bratimi et bratimisses, l’équivalent des garçons et demoiselles d’honneur. La tradition veut que leur nombre soit impair (3, 5 ou plus rarement 7, séparément pour la mariée et pour le marié) pour que le mariage soit heureux. Les garçons portent un foulard sur les épaules, les filles des fleurs, et tous aident aux préparatifs. Une règle : les vlamides doivent être célibataires.
Les chaussures de la mariée. Pendant que la mariée se prépare, ses amies célibataires prennent son escarpin droit et écrivent leur nom sous la semelle. On dit que le premier nom effacé est celui de la prochaine à se marier.
Les dragées du mariage. Les jeunes filles célibataires prennent dans la poche du marié quelques dragées (koufeta) bénies et les glissent le soir même sous leur oreiller. Celui dont elles rêveront sera leur futur mari.
Les Maides de Makrinitsa
Les Maides sont une coutume mêlant danse et théâtre, qui tire son nom du mois de mai, le mois printanier par excellence. Elle célèbre le renouveau de la vie et de la nature au printemps, et l’on rattache ses origines au culte de Dionysos. Autrefois, elle avait lieu le 1er mai ; aujourd’hui, elle se joue sur la place de Makrinitsa, où les jeunes du village revêtent des costumes traditionnels, se parent de fleurs et accueillent le mois de mai par des danses et des chants. Les Maides de Makrinitsa sont inscrits à l’Inventaire national du patrimoine culturel immatériel de la Grèce.
Un jeune homme incarne Mai : son corps est couvert de fleurs de saison, il porte sur la tête une couronne de fleurs multicolores et tient à la main le mayoxylo, le bâton de mai. Autour de lui se tiennent les zeibekides, jeunes gens masqués en gilets rouges et culottes bouffantes, fez à pompon et larges ceintures où sont glissés sabres et pistolets. Les zeibeks étaient des combattants irréguliers de l’ouest de l’Asie Mineure à l’époque ottomane. Accompagnée de musiciens populaires, la troupe fait le tour des maisons du village en dansant et en chantant, et reçoit les friandises d’usage. La troupe compte aussi le genitsaros (le janissaire), chef de la bande, la « fille » (un homme déguisé lui aussi, souvent avec une belle moustache), le hodja (un religieux turc) en large tunique et turban, le bohémien et la bohémienne au visage et aux jambes noircis, le médecin et d’autres encore.
Au point culminant du spectacle, quelqu’un importune la « fille » de façon grivoise, et un « meurtre » s’ensuit. Le médecin tente en vain de sauver le mort, jusqu’à ce que Mai pose sur lui une fleur à respirer : au milieu des danses et des chants, le mort ressuscite.
La coutume remonte à l’époque ottomane. Après des interruptions pendant les années difficiles du XXe siècle, elle a été relancée en 1957, puis de nouveau en 1976, et depuis elle est jouée presque chaque année.
Le Klidonas
Le Klidonas a été remis à l’honneur à Afetes et à Agios Dimitrios, autour de la fête de saint Jean-Baptiste, le 24 juin. C’est une coutume de jeunes filles qui veulent connaître leur destin et leur « chance », aux racines antiques. La veille, le 23 juin, les jeunes filles célibataires se réunissent dans une maison et l’une d’elles va remplir une cruche à la fontaine du village. À l’aller comme au retour, elle ne doit pas dire un mot : si elle parle, le Klidonas perd son pouvoir divinatoire. Cette « eau muette » est versée dans un bakiri, un récipient en cuivre, et chaque fille y jette un objet personnel, une bague ou une broche : son « signe ». On le couvre d’un tissu rouge, on le laisse dehors pour la nuit et l’on chante autour. Le lendemain, après la messe, on le rapporte dans la maison en chantant : « Anoigoumi ta Klidouna stou Ai-Gianniou ti chari, ki oti ini tychiro tha vgei tou rizikari » (« Nous ouvrons le Klidonas par la grâce de saint Jean, et ce qui porte chance sortira »). Puis on le découvre. Autour se tiennent des poétesses qui récitent des distiques, les rizikaria. À chaque distique, une fille sort un signe de l’eau et le lève bien haut : la « prophétie » revient à la propriétaire du signe. On continue jusqu’à ce que tous les signes soient sortis ; et si le distique tombé sur une fille n’est pas bon, elle évitera sans doute de réclamer son signe.
Il existe aussi une autre version : dès leur retour à la maison, chaque fille garde un peu d’eau muette dans la bouche et se promène dans le quartier. Le premier prénom d’homme qu’elle entendra sera celui de son futur mari.
La reconstitution du Klidonas s’accompagne de danses traditionnelles, et la fête se termine par le traditionnel brûlage des couronnes de mai.
Les coutumes du carnaval
Au moment du carnaval, la montagne des Centaures s’anime elle aussi de belles fêtes traditionnelles. On retiendra les Koudounades, porteurs de cloches, de Drakia, le dimanche du carnaval : après avoir fait le tour des maisons, ils se retrouvent sur la place et font la fête avec les visiteurs, en musique et en danse, jusqu’au matin. Les fêtes de carnaval autour d’Agria (l’ancienne commune d’Iolkos) et de Mouresi valent aussi le détour, avec le défilé, la danse des rubans (gaitanaki), le brûlage du roi Carnaval et le lâcher d’une montgolfière. Enfin, Afetes organise un concours de cerfs-volants, tandis que Makrinitsa fait revivre l’allumage de l’« Afanos ».
Panigyria et fêtes
Chaque année, la plupart des villages du Pelion organisent des panigyria (fêtes patronales), des festivals et des manifestations culturelles qui mettent chaque village en valeur et lui apportent du monde et de la vie. Lors de ces « pangyria », comme on dit ici, les habitants honorent le saint patron du village, sans oublier de goûter l’« esprit » local, qui met tout le monde de très bonne humeur. Leur caractère joyeux se voit dans les danses endiablées au son de la musique et des chants traditionnels, et l’on mange et boit jusque tard dans la nuit. Vous trouverez de telles fêtes dans presque chaque village, surtout en été.
Outre les fêtes des saints, de nombreux villages organisent des fêtes pour d’autres occasions ou pour leurs produits traditionnels. Parmi elles, la fête du tsipouro à Katichori : en musique et en chansons, on y reconstitue la distillation du tsipouro, l’eau-de-vie de raisin locale, que les visiteurs goûtent ensuite. Même principe à Stagiates avec la fête de la saucisse : on reconstitue sa fabrication, puis on la sert aux villageois et aux visiteurs. La fête de la cerise à Agios Lavrentios, la fête de la poire à Milies, la fête de la pomme à Zagora et la fête de la châtaigne à Xorychti célèbrent elles aussi les produits locaux en musique, en danse et en chansons.
Une chose est sûre : ne quittez pas le Pelion sans avoir vécu un panigyri traditionnel.
On « égorge » le daouli
Autrefois, dès qu’une fête endiablée s’achevait, l’un des convives prenait un grand couteau et « égorgeait » la peau tendue du daouli, le grand tambour à deux faces. Pourquoi ? On ne voulait pas que l’instrument qui avait tant fait danser serve à une autre fête, pour d’autres.
L’été culturel
Chaque été, les communes et les associations culturelles du Pelion, à commencer par les manifestations estivales de la commune de Zagora-Mouresi, proposent des événements réussis et très appréciés des visiteurs, qui mettent en valeur le passé et le présent culturels du Pelion. Au programme : reconstitutions du mariage traditionnel et d’anciennes fêtes de village, théâtre, ateliers, expositions, concerts et rencontres de groupes de danse folklorique.
Les coutumes des fontaines
Enfin, le Pelion a des coutumes bien particulières liées à ses dizaines de fontaines. La plus connue, toujours vivante, est l’« offrande à la fontaine », le jour de l’An. Ce matin-là, les jeunes filles vont à la fontaine et y déposent des grains de blé, des noisettes, un morceau de pain du Nouvel An et d’autres douceurs, pour s’attirer ses faveurs, la remercier de l’eau claire qu’elle leur a donnée toute l’année écoulée et souhaiter qu’elle ne tarisse jamais.
Le Pelion en 6 chapitres
Pour savoir ce que vous regardez : histoire, nature, architecture, cuisine, arts et coutumes.






